dimanche 15 novembre 2009

Vodka lemon ***


Veuf et père de trois enfants, Hamo vit dans la précarité. Une armoire, un téléviseur et un costume militaire sont ses dernières possessions. Il habite avec un fils alcoolique et une petite fille belle à mourir dans un patelin kurde des montagnes arméniennes. Quand une lettre de son deuxième fils arrive de France, c’est tout le village qui se met en branle. Une rumeur circule comme la poudre: l’enveloppe déborderait de dollars. Mais Hamo ne s’en soucie guère, il est absorbé par Nina, cette femme qui n’a pas de quoi payer son ticket de bus.

La vie d’Hamo est rythmée entre la visite quotidienne au cimetière et le troc des derniers biens qu’il lui reste. Car avec 7 dollars de rente par mois, il ne parvient plus à s’en sortir. Et dans cette optique, la régularisation d’un de ses fils vivant à Paris est la condition nécessaire à sa survie. Pourtant, tout le monde dans le coin est logé à la même enseigne et personne ne se plaint. Les gens se réunissent autour d’un verre de vodka pour lutter contre le froid et la neige, s’entassent dans les seules pièces chauffées, apportent à leurs voisins solidarité et chaleur humaine. Tous auraient de quoi poser définitivement les genoux sur la neige gelée. Mais la prostitution, le chômage et les humiliations subies n’entament pas leur volonté. Au cœur de cette lutte inégale, Hamo trouvera même l’élan amoureux nécessaire à sa reconstruction. A dix mètres de lui, penchée sur la tombe de son mari, il y a cette femme qui, tout comme lui, enlève délicatement la neige qui encombre la stèle. D’un même geste, ces deux êtres effaceront les années de frustration et de disette en se nourrissant d’un sentiment qui a le mérite de faire passer les pilules les plus amères.

Le réalisateur Hiner Saleem, originaire du Kurdistan irakien, filme ces hommes et femmes sans complaisance. Il n’y a guère de revendication ou de dénonciation dans son film, il pose simplement un regard sur ces hommes et femmes plongés dans le plus grand dénuement et écrasés par un quotidien relativement effrayant. Mais il remplit son film d’une puissante magie poétique qui transcende, à l’instar des ces protagonistes, la cruauté du réel. L’histoire, somme toute assez classique, tire d’ailleurs un grand avantage de cet ajustement féerique, parfois même surréaliste, car le scénario est finalement réduit à la portion congrue. Un tableau assez burlesque que ce film, une toile de fond épurée auquel il manque tout de même un peu de relief pour en faire une œuvre majeure.

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