
A la mort de sa dernière fille, Baboussia, une grand-mère russe de 80 ans plus vraiment autonome, quitte son foyer en quête d’asile. Un temps logée chez une sœur qui ne tardera pas à être hospitalisée, Baboussia va entamer un long périple à la recherche d’une aide familiale. Mais les portes se ferment et plus personne n’est prêt à accueillir cette femme qui a pourtant voué sa vie aux autres.
Petite vieille au visage émacié, Baboussia porte en elle les stigmates de l’histoire de Russie. A travers le parcours de cette femme, la réalisatrice Lidia Bobrova évoque successivement la tragédie du koursk, le conflit en Afghanistan mais aussi la guerre en Tchétchénie dont les noms des soldats tués se font l’écho. Au-delà d’un traitement politique, le film insiste également sur le sort réservé aux personnes âgées, aux non productifs. Et ce point de vue purement social revêt une dimension universelle. BABOUSSIA, comme le fût ROSETTA pour une autre génération, pourrait devenir l’emblème des personnes âgées. Et puis, autre performance et non des moindres, le film nous parle intimement. Car tapi dans nos souvenirs, nous avons tous en mémoire le sourire d’un ancêtre qui croupit dans un home, esseulé, allongé sur le lit étroit d’une chambre informelle où sont entassés les reliquats de son passé. Et à l’instar des petits-enfants de Baboussia, ce ne sont pas les regrets qui nous étouffent.
BABOUSSIA est un très beau film pudique, généreux et triste. Plongeant le spectateur dans une profonde mélancolie, la réalisatrice n’a toutefois pas cherché à étouffer le film sous un pathos forcené. On voyage ainsi avec légèreté, dans un petit village où les habitants tuent la déliquescence de leur Russie à coups de grandes rasades et de fêtes généreuses. On s’émeut pour cette femme discrète ballottée entre des petits-enfants peu reconnaissants et un passé vaporeux qui comme le chant de la lyre l’attire désespérément en son sein.
Baboussia ne se révoltera pas face à l’indifférence, elle se condamnera au silence comme son arrière petite-fille revenue muette de la guerre en Tchétchénie. Elle suivra sa route seule.

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