
Victor (Sergi Lopez) et son fils, Félix (Kevin Miranda), parcourent les routes de France enchaînés à une certaine philosophie de l’errance. Félix, un adolescent quelque peu apathique, subit ce mode de vie avec fatalisme. Il s’autorise tout de même à porter un regard critique et peu indulgent sur ce père instable et coureur. Et à chaque déception amoureuse, c’est la même trame. Victor reprend la route flanqué de son imperturbable fils. De villages en ports, de routes sans issues en chemins de traverse, de conquêtes éphémères en déception tangibles, de fines débrouilles en affaires foireuses, les deux hommes cherchent à survivre. Radié de l’ordre des médecins pour une affaire de faux diagnostics, Victor est à la recherche d’un sens, d’un toit, d’une âme sœur pour enrayer la dynamique de l’enlisement et de la fuite.
Manuel Poirier décide, cette fois-ci, d’aborder le thème difficile de la relation père-fils. Ce rapport étrange et quelque peu distancié qui maintient souvent deux êtres proches à la frontière d’un jugement moral et d’un amour tacite. Le réalisateur a démontré, tout au long de sa filmographie, qu’il était brillant quand il s’agissait de capter l’éclosion des sentiments mais aussi les moments de la vie sans qu’ils ne donnent l’impression d’être mis en scène. Pourtant, à la vue de ce film, nous restons spectateurs. Jamais nous ne prenons part à la vie qui défile sous nos yeux, nous assistons, parfois avec ennui, au triste destin de cette famille réduite.
On se souvient avec nostalgie de la puissance évocatrice de "Western" où Sergi Lopez et Sacha Bourdo traînaient leurs échines sur les routes de France. A chaque carrefour, une rencontre improbable offrait une nouvelle voie à suivre. Continuellement le récit était relancé, par des traits d’humour et des dialogues croustillants. Dans CHEMINS DE TRAVERSE, Poirier n’offre plus cette lumière, cette légèreté. Il traite d’un sujet qui le touche de près et revit par le truchement des acteurs le double rapport père-fils. Réinventer la relation qu’il a vécue avec son père décédé quand il avait seize ans a peut-être annihilé le pouvoir émotionnel de son regard. Ce n’est qu’une hypothèse, mais comment interpréter ces longs plans séquences où les deux protagonistes solitaires se retrouvent l’un en face de l’autre sans se dire un mot. Rien ne s’échappe, juste une absence de communication rythmée par des quignons de pain qui se rompent.
Poirier choisit de ne pas replacer le sujet dans son contexte. Tentative cohérente pour épurer l’histoire et la faire tendre vers l’essentiel. Malheureusement, en faisant l’économie d’une narration plus étoffée, le réalisateur se prive d’une salvatrice crédibilité. Et si nous restons indifférents au film qui manque cruellement de changement de rythme et qui s’enlise dans une trame monocorde, c’est peut-être parce que ces deux âmes errantes restent aussi étrangères l’une à l’autre pendant une bonne partie du film. La lente évolution de leur rapport et la fin émouvante n’y pourront rien changer...

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