dimanche 15 novembre 2009

Les lois de l'attraction **


Quand Roger Avary a décidé d’adapter à l’écran « Les lois de l’attraction », un des meilleurs romans de Bret Easton Ellis, l’Amérique puritaine a frôlé l’orgasme intellectuel. S’imaginant déjà interdire la vision de cette œuvre diabolique aux brebis innocentes jusque là épargnées par les dérives provoquées conjointement par le sexe, la drogue et le rock. Pauvres juges et censeurs, les voilà bien dépités à la vue de cette version édulcorée d’un des romans les plus politiquement incorrect des années 80. Qu’ils ont ri de cette scène d’orgie tout droit sortie de l’usine à écervelés Disneyland.

Dans le roman de Bret Easton Ellis, trois jeunes issus d’une bourgeoisie blasée dérivent comme des feux incandescents sur la rivière de la décadence. Inexistence des repères et masochisme chronique les conduisent dans une voie où l’illusion du sexe et de la drogue sont devenues les balises d’une autodestruction programmée. Car dans ce monde dépeint avec cynisme, rien de bon ne peut être extrait des personnages, pas une lueur d’espoir, pas une échappatoire, juste une absence contrôlée de salut. Monades isolées dans un monde sans suite logique, les héros de Bret Easton Ellis vivent comme des robots programmés à l’échec. Pourtant dans l’univers glauque et humide, une once de désir va venir salir le tableau. Chacun des héros va éprouver à l’égard d’un de ses petits partenaires un vague soubresaut érotique que l’on pourrait comparer à la naissance d’un sentiment amoureux. Sean, petit dealer à la gomme tombe amoureux de Lauren, imaginant qu’elle lui envoie des mots doux dans son casier. Lauren vierge éphémère, attend avec impatience le retour de Victor qui fornique en Europe. Paul, bisexuel complexe, s’éprend de Sean. Et c’est là que le bas blesse…

Si Ellis montrait avec minutie l’incohérence des choix amoureux de ses personnages, Avary les pose comme des pantins et les fait interagir les uns avec les autres avec la sensibilité d’un dealer à qui on doit du fric. Là où le roman se referme parce qu’une nausée persistante vous monte à la gorge, le film se consomme comme une limonade tiède. Certes la mise en scène fait preuve d’une certaine originalité mais elle ressemble plus souvent à un clip qu’à un film. Les rapports amoureux ne sont pas du tout exploités car dans le livre Paul et Sean tissent quand même une ébauche de relation amoureuse poignante par moment. Et là que voit-on, juste du désintérêt. Que dire de la jeune fille secrètement amoureuse de Sean, qui se suicide dans une baignoire ? Un des intérêts du livre est de ne jamais révéler l’identité de cette admiratrice, alors qu’ici on nous la montre sans arrêt allant jusqu’à remontrer, à la fin du film, toutes les scènes où elle était apparue (au cas où l’on aurait eu une absence la première fois).

On a souvent parlé du choix des acteurs. Oui, ce n’est pas une mauvaise chose de détourner James Van der Beek, le brave Dawson, mais bon dans le genre nouille à l’écran. Et Jessica Biel qui brillait par sa mièvrerie dans une série consensuelle n’est pas vraiment provocante euh convaincante, pas étonnant sans avoir lu le roman.

Pour être complet, il faut reconnaître qu’il s’agit de la meilleure adaptation de Ellis au cinéma. Quand on voit le nullissime « American Psycho », ce n’est pas une grande performance mais Avary réussit tout de même à rendre son film ludique. Son film, oui, un film qui n’a pas grand-chose à voir avec le livre dont il s’inspire. Dommage parce que la forme du film, les ralentis, les écrans divisés, les accélérations soudaines traduisent à merveille l’univers décalé d’Ellis et des descentes aux enfers qu’il se plaît à décrire. Il manque juste de la peinture à l’intérieur du cadre.

21 grammes ***


Comme dans son précédent film « Amores Perros », Inarritu décide de mêler le destin de trois personnages par le truchement d'un accident de voiture, parfaite métaphore du hasard lui-même. Profondément pessimiste, la pensée du réalisateur est claire : peu importe vos croyances ou vos errances, vous n’échapperez pas à votre destinée. Paul n’évitera pas la mort qui le suit comme une ombre, Cristina ne retrouvera jamais son mari et ses filles, Jack qui a voué sa vie à Dieu pour enrayer la dynamique de l’échec ne pourra vivre sa rédemption que comme une pénitence.

Inarritu choisit de nous emmener à la rencontre des personnages en utilisant un découpage narratif qui rompt avec la linéarité habituelle. Gigantesque mosaïque éclatée, le film tient grâce à la brillance de la mise en scène et du montage mais aussi par le jeu des acteurs qui réussissent à faire oublier par leurs prestations dialectiques la mise en scène qui aurait pu verser dans l’exercice de style. Car si la forme du film par sa brillance et sa fulgurance pourrait, de prime abord, voler la vedette à l’histoire elle-même dont beaucoup dénonceront la criante banalité, il n’en est finalement rien. Certes, l’éclatement de la mise en scène entraîne le spectateur dans un jeu de reconstruction mais bien vite et même depuis le début Inarritu nous prouve que ce n’est pas son but. Se penchant sur l’irréversibilité de la destinée, il pose un regard critique sur l’homme et sur son incapacité à changer les donnes de son existence. Car si tous les personnages du film échouent dans leurs tentatives respectives : vengeance, rédemption, pulsion de vie ; c’est peut-être et avant tout parce qu’ils n’ont jamais réussi à accepter leurs natures et leurs envies. En posant du vernis sur leurs errances, ils ont juste glissé des œillères sur leurs âmes.

Que dire de la prestation magistrale des trois acteurs, tout bonnement époustouflante. Naomi Watts déjà brillante dans « Mulholland Drive » est ahurissante en femme brisée. 21 grammes nous livre sans ambages une vision sombre et douloureuse sur la vie et sur le long tunnel qu’il faut parfois emprunter pour la mener à terme.

Requiem for a dream ****


Lire Hubert Selby Jr n’est pas une mince affaire. Il vaut mieux être dans une bonne période, se targuer d’avoir un bon sommeil, terminer son analyse, ne pas imaginer qu’il existe une corrélation entre la couleur du ciel et son humeur. Le danger, surtout, c’est d’imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que les personnages dépeints par l’auteur pourraient être nos doubles traumatiques. Car et c’est cela sa force, il y a dans son écriture, comme chez Lautréamont, quelque chose de familier et d’insoutenable qui nous condamne bien souvent à fuir, horrifié par la vision grossissante de nos déviances.

Quand Aronofsky se met en tête d’adapter Selby, il est conscient qu’il devra le faire sans complaisance et sans retenue aucune. La crédibilité de son œuvre en dépendra, il lui faut être capable de plonger dans le tréfonds de l’addiction humaine avec conviction. A la vue de ce chef d’œuvre, on peut reconnaître qu’il n’a pas été fébrile un seul instant. Requiem for a dream est un film sans égal. Une entité puissante et dérangeante qui glisse son bras scarifié et ensanglanté dans nos petits estomacs chloroformés. Et ce sont de vraies crampes qui nous taraudent à la vision de ce déferlement d’images et d’effets visuels. Amoncellement gigantesque, abondance de techniques cinématographiques qui laissent le spectateur hagard et admiratif. Certains se lèvent, ne supportant l’adéquation parfaite qui existe entre le thème du film et sa forme exaltée. D’autres remuent sur leur siège en soufflant comme pour se dégager de l’emprise hypnotique de ces yeux géants qui se dilatent à intervalles réguliers. Certains baissent les paupières quand celles de l’écran se figent inexorablement.

Le principal exploit de ce film est que, pas un seul instant, la décharge visuelle ne viendra phagocyter l’histoire et la priver de sa décharge émotionnelle. Ce conte noir dresse le portait cinématographique le plus crédible, jusqu’à ce jour, des addictions. Les hommes y sont des ombres ventousées à des drogues qui se travestissent sous des formes multiples pour mieux les saisir. Chaque absorption est une nouvelle marche qui se fend sous les pieds des personnages et les enfonce un petit peu plus loin dans la dépendance. Et dans ce film, autre tour de force il n’y a pas une échelle de valeur sur laquelle ou pourrait se reposer et c’est sûrement cela qui dérange. La télévision, les anti-dépresseurs, la coke ou l’héroïne sont mises sur le même pied. Toutes les drogues sont dépeintes avec violence et aucune ne s’échangerait contre une autre. Aronofsky n’épargne personne car quand la volonté se tire à l’équateur, tous les corps béants sont égaux. On quitte ce déferlement d’images, en essuyant une larme qui traînait par là avec l’intime conviction que ça aurait pu nous arriver et on scrute le ciel, une note d’optimisme collé à la pupille. Dorénavant on sera plus vigilant…

Podium *


Podium démarre bien, on y voit Claude François exalté enchaîner des vrilles folles, pris par une quelconque démence. On le voit s’abandonner dans une communion avec la foule en liesse, arracher sa chemise blanche, se mettre à nu, prendre possession de la scène par son unique charisme. Les images d’archives s’estompent progressivement et la caméra plonge sur un corps fourbu par l’effort, Bernard Frédéric allongé, Benoît Poelvoorde extatique et déjà épuisé…

La voix off prend alors possession du film, elle le vampirise et son ton monocorde l’asphyxie rapidement. Poelvoorde qui, lors de la promotion du film, a inlassablement écumé les différents plateaux télés, les radios, les unes des magazines apparaît étrangement absent. Poelvoorde copie Poelvoorde. Il le dit lui-même, il est avant tout un personnage et quand un réalisateur le choisit c’est uniquement dans cette optique. Le film existera grâce à ce ton hors du commun, cette gueule, ce passé percutant : « C’est arrivé près de chez vous », « Les convoyeurs attendent », « Les portes de la gloire ». Alors quand on part à la rencontre de Podium, c’est surtout pour y voir Benoît, malheureusement ce dernier est encore à la recherche de son second souffle et il ne déclenche plus l’hilarité. Ses mimiques semblent éculées. Pire, il ne semble même pas s’amuser. Certes Benoît chante mais on le préfère poète : « Pigeon, oiseau à la grise robe, dans l’enfer des villes, à mon regard tu te dérobes, tu es vraiment le plus agile ».

Alors il reste le film, orphelin de sa star. Etrange objet que ce film. Une première œuvre qui se démarque par le minimalisme de son décors. La mise en scène et le scénario sont à son image. Une histoire qui tourne en rond, sans âme et sans coffre. Il y a pourtant quelques dialogues percutants mais la production a cru bon de les glisser tous dans la bande-annonce. On les connaît déjà par cœur, on a déjà vu le film. On découvre quand même Evelyn Thomas, cerise sur le gâteau… On crie à l’imposture, on s’en veut juste de s’être fait berner par une campagne de presse tous azimuts. Et oui car le perdant dans tout ça, c’est pas Yann, c’est moi.

Mulholland Drive *****


Mulholland Drive n’est pas seulement un film sur le cinéma, il est le cinéma. Tout droit sorti de l’imaginaire onirique de Lynch, Mulholland Drive est une illusion dans laquelle nous nous projetons avec l’envie et la maladresse de nos premières fois. Et même si le film est à consommer comme dans une phase de sommeil paradoxal, groggy et juste bercé par les impressions, on ne peut s’empêcher de chercher une route à suivre et une suite logique. Et même si la dernière phrase du film « Silencio » nous intime l’ordre de nous taire, nous ne le pouvons car David Lynch a fait des nous des esclaves de la reconstruction narrative, des drogués du sens. Pour pouvoir nous rendormir, il nous faut démêler le ruban de Moebius.

A priori, le film nécessite plusieurs visions, plusieurs lectures ; ce qui conduit inévitablement à une foule de déclinaisons bigarrées et d’interprétations qui trouveront souvent leurs justifications. Mulholland Drive regroupe une foule de genres cinématographiques, qu’il mélange pour en extraire un milk-shake détonnant. La première partie du film qui voit les deux héroïnes se lancer à la poursuite de la mémoire de Rita a tout de l’intrigue policière. Ce qui se trame autour d’Adam Kesher, le réalisateur, est du même acabit. Démêlés Hollywoodiens où la vie des acteurs par projection narcissique se confond avec les rôles qu’ils cherchent à interpréter. Et tous, dans ce manège, ne sont que les pions d’un puzzle manipulé avec dextérité par le nain de Twin Peaks. C’est alors la découverte d’un corps à l’ancienne adresse de Rita, un corps en décomposition. Un jeu de transformisme homosexuel où l’autre n’est que l’image d’un soi déformé par le désir d’être au devant de la scène. Enfin deux spectatrices d’un club où rien n’est joué pour de vrai. Une boîte bleue qui inverse la donne, le genre, l’histoire et qui la démêle avec violence.

Est-il pourtant si facile de croire à la thèse du rêve ? C’est ce que semble pourtant nous indiquer le premier plan du film. Trop facile diront certains, éculé diront d’autres. Pourtant ça se tient. Betty est la version onirique de Diane, jeune actrice montée à Los Angeles à la mort de sa tante. Elle vit avec sa maîtresse dans un appartement qu’elle envahira plus tard avec Rita pour y découvrir son corps inanimé. Elle rompt avec cette femme dans une scène où cette dernière vient chercher ses dernières caisses laissées dans l’appartement. Rita n’est alors qu’une image idéalisée et améliorée de sa maîtresse. Tous les signes de la réalité, objets et personnages sont utilisés dans le rêve et détournés de leurs fonctions premières. La blonde qui obtient le rôle « This is the girl », représente peut-être une Diane accomplie en tant qu’actrice. La tentative de meurtre est peut-être la métaphore simple de la rupture amoureuse. La perte de la mémoire de Rita, l’idéalisation du pardon et du retour à l’état initial des choses.

Une scène est extraite de la structure labyrinthique du film. Celle où deux hommes sont dans un café et l’un des deux raconte son rêve. A la fin son rêve le tue. Le pouvoir des rêves et le danger de leurs interprétations dans ce qu’ils ont à révéler de nos inconscients dérangés, voilà peut-être le vari thème du film. Soit, il fallait essayer juste une fois de jeter un minuscule faisceau d’analyse artificielle sur une des œuvres les plus déroutantes de l’histoire du cinéma. Inépuisable…

Chemins de traverse *


Victor (Sergi Lopez) et son fils, Félix (Kevin Miranda), parcourent les routes de France enchaînés à une certaine philosophie de l’errance. Félix, un adolescent quelque peu apathique, subit ce mode de vie avec fatalisme. Il s’autorise tout de même à porter un regard critique et peu indulgent sur ce père instable et coureur. Et à chaque déception amoureuse, c’est la même trame. Victor reprend la route flanqué de son imperturbable fils. De villages en ports, de routes sans issues en chemins de traverse, de conquêtes éphémères en déception tangibles, de fines débrouilles en affaires foireuses, les deux hommes cherchent à survivre. Radié de l’ordre des médecins pour une affaire de faux diagnostics, Victor est à la recherche d’un sens, d’un toit, d’une âme sœur pour enrayer la dynamique de l’enlisement et de la fuite.

Manuel Poirier décide, cette fois-ci, d’aborder le thème difficile de la relation père-fils. Ce rapport étrange et quelque peu distancié qui maintient souvent deux êtres proches à la frontière d’un jugement moral et d’un amour tacite. Le réalisateur a démontré, tout au long de sa filmographie, qu’il était brillant quand il s’agissait de capter l’éclosion des sentiments mais aussi les moments de la vie sans qu’ils ne donnent l’impression d’être mis en scène. Pourtant, à la vue de ce film, nous restons spectateurs. Jamais nous ne prenons part à la vie qui défile sous nos yeux, nous assistons, parfois avec ennui, au triste destin de cette famille réduite.

On se souvient avec nostalgie de la puissance évocatrice de "Western" où Sergi Lopez et Sacha Bourdo traînaient leurs échines sur les routes de France. A chaque carrefour, une rencontre improbable offrait une nouvelle voie à suivre. Continuellement le récit était relancé, par des traits d’humour et des dialogues croustillants. Dans CHEMINS DE TRAVERSE, Poirier n’offre plus cette lumière, cette légèreté. Il traite d’un sujet qui le touche de près et revit par le truchement des acteurs le double rapport père-fils. Réinventer la relation qu’il a vécue avec son père décédé quand il avait seize ans a peut-être annihilé le pouvoir émotionnel de son regard. Ce n’est qu’une hypothèse, mais comment interpréter ces longs plans séquences où les deux protagonistes solitaires se retrouvent l’un en face de l’autre sans se dire un mot. Rien ne s’échappe, juste une absence de communication rythmée par des quignons de pain qui se rompent.

Poirier choisit de ne pas replacer le sujet dans son contexte. Tentative cohérente pour épurer l’histoire et la faire tendre vers l’essentiel. Malheureusement, en faisant l’économie d’une narration plus étoffée, le réalisateur se prive d’une salvatrice crédibilité. Et si nous restons indifférents au film qui manque cruellement de changement de rythme et qui s’enlise dans une trame monocorde, c’est peut-être parce que ces deux âmes errantes restent aussi étrangères l’une à l’autre pendant une bonne partie du film. La lente évolution de leur rapport et la fin émouvante n’y pourront rien changer...

Baboussia ***


A la mort de sa dernière fille, Baboussia, une grand-mère russe de 80 ans plus vraiment autonome, quitte son foyer en quête d’asile. Un temps logée chez une sœur qui ne tardera pas à être hospitalisée, Baboussia va entamer un long périple à la recherche d’une aide familiale. Mais les portes se ferment et plus personne n’est prêt à accueillir cette femme qui a pourtant voué sa vie aux autres.

Petite vieille au visage émacié, Baboussia porte en elle les stigmates de l’histoire de Russie. A travers le parcours de cette femme, la réalisatrice Lidia Bobrova évoque successivement la tragédie du koursk, le conflit en Afghanistan mais aussi la guerre en Tchétchénie dont les noms des soldats tués se font l’écho. Au-delà d’un traitement politique, le film insiste également sur le sort réservé aux personnes âgées, aux non productifs. Et ce point de vue purement social revêt une dimension universelle. BABOUSSIA, comme le fût ROSETTA pour une autre génération, pourrait devenir l’emblème des personnes âgées. Et puis, autre performance et non des moindres, le film nous parle intimement. Car tapi dans nos souvenirs, nous avons tous en mémoire le sourire d’un ancêtre qui croupit dans un home, esseulé, allongé sur le lit étroit d’une chambre informelle où sont entassés les reliquats de son passé. Et à l’instar des petits-enfants de Baboussia, ce ne sont pas les regrets qui nous étouffent.

BABOUSSIA est un très beau film pudique, généreux et triste. Plongeant le spectateur dans une profonde mélancolie, la réalisatrice n’a toutefois pas cherché à étouffer le film sous un pathos forcené. On voyage ainsi avec légèreté, dans un petit village où les habitants tuent la déliquescence de leur Russie à coups de grandes rasades et de fêtes généreuses. On s’émeut pour cette femme discrète ballottée entre des petits-enfants peu reconnaissants et un passé vaporeux qui comme le chant de la lyre l’attire désespérément en son sein.

Baboussia ne se révoltera pas face à l’indifférence, elle se condamnera au silence comme son arrière petite-fille revenue muette de la guerre en Tchétchénie. Elle suivra sa route seule.