dimanche 15 novembre 2009

CRAZY ****


C’est l’histoire de Zac (Marc-André Grondin), né le 25 décembre 1960, quatrième d’une famille de 5 garçons, qui va apprendre à se construire dans le regard de son père (Michel Côté) homme bourru et impressionnant, en essayant de ne jamais le décevoir et apprenant pour ce faire à refouler, voire à renier sa nature première.

Tu prends 5 fils, un intello la tronche rivée au paquet de ketchup ou collée à tout ce qui se lit, un autre Jim Morrisson attardé, accoutumé aux opiacés et autres rébellions blanches, un troisième sportif dont les pets sonores sont la bande son d’un expression creuse, le quatrième Zac, mélange efféminé de Bruce Lee et Johnny Rotten, et un petit dernier pour assumer la liaison générationnelle. Tu leur offres deux géniteurs puissants de charisme, avec une mère compréhensive et un père incarnation du Surmoi, viril et tendre à la fois mais bien décidé à générer des hordes de mâles et pas question dans son esprit obtus qu’un d’entre eux finisse par déborder de la frontière imaginaire des sexualités.

Véritable fable jalonnant plusieurs décennies, C.R.A.Z.Y ne pose pas uniquement un regard sur la relation père-fils ou sur l’acceptation de l’homosexualité par un enfant, un adolescent et un adulte, C.R.A.Z.Y offre aussi un éclairage subtile sur la formation de l’identité, sur les épreuves qui accompagnent, balisées d’errances et de béances, les petites définitions de soi. C’est aussi et surtout une poésie sur les relations humaines et sur ce qu’elles charrient comme incompréhension dans les attentes figées que l’on porte aux autres.

Dans sa forme le film réunit une bande son magistrale, une adéquation pointilliste à l’image, elle-même relevée dans une mise en scène inventive, où dans chaque prise de vue rien n’est laissé à l’abandon des détails. Le conte est tellement dense, l’humour et la tristesse enserrent tour à tour la gorge et les larmes finissent par perdre leur origine. On devient léger et aérien comme le sourire de Zachary qui assume par moment dans la fragrance subtile de la sérénité, et qui trouve le courage d’hurler à son père sous une tempête battante qu’il aurait aimé avoir la force d’être autre chose que ce qu’on attend de lui. On sent derrière ce projet un scénario en béton et il est porté à l’écran par une photographie colorée, vive, éclatante de changements de rythme. Le réalisateur, Jean-Marc Vallée utilise les ralentis pour accentuer l’émotion, pas pour ériger le pathos en structure dominante simplement pour donner plus de profondeur aux personnages.

C.R.A.Z.Y ça donnerait presque envie de changer de bord.

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