dimanche 15 novembre 2009

Five Obstructions ***


Lars Von trier est un grand admirateur de Jorgen Leth, réalisateur danois méconnu dont THE PERFECT HUMAN, un court métrage datant de 1967, est un de ses films cultes. Ce dernier invite Jorgen, qui a trouvé refuge en Haïti (terre reculée et propice à soigner ses multiples déprimes), à se prêter à un petit jeu censé tirer Leth vers la quintessence de son art.

Ce jeu prend rapidement les allures d’un défi à relever. Mais pas n’importe quel défi! Lars va proposer à son mentor de réaliser cinq remakes de son court métrage. La difficulté ne s’arrêtant pas là et empruntant un terme à l’univers footballistique, Lars va imposer des "obstructions" à Leth le forçant par ce biais à repenser la dynamique même de son film.

Quel sadique ce Lars! On avait déjà pu le supputer. Quel puissant pervers! Où va-t-il emmener le pauvre Leth. Au pied du mur, face à l’indicible, l’irréalisable, l’impossible. Il lui impose pêle-mêle: des plans n’excédant pas douze secondes, des contraintes de lieu (Cuba, Bruxelles, Bombay…), l’impossibilité de montrer l’environnement, l’obligation de réaliser le film en dessin animé, enfin et c’est la pire des contraintes…l’absence totale de contraintes !

Mon Dieu, le pauvre se dit-on, comment va-t-il s’extirper de ce piège? A merveille serait-on tenté de dire car à chaque obstruction Leth fait preuve d’une puissante inventivité pour slalomer entre les embûches. Et chacun des remakes de rivaliser avec l’original. Ode à la création FIVE OBSTRUCTIONS pose une réflexion sur la gestion du talent et sur la complexité de son épanouissement dans un univers régi par des canevas formatés. Car vraisemblablement Leth possède toutes les armes nécessaires à la reconnaissance internationale mais il préfère se terrer dans un no man’s land artistique où le rhum sert d’exutoire quand la caméra prend la poussière.

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