dimanche 15 novembre 2009

Ken Park *


A en croire les dernières productions traitant de la jeunesse américaine, (Donnie Darko, Elephant, The rules of attraction et Ken Park) les familles du nouveau continent ont du souci à se faire. L'adolescence n'est pas une mince affaire, ça on le savait déjà.

Mais bon chez Larry Clak, c'est vraiment glauque. Il nous livre comme à son habitude une énième vision trash d'une bande de potes, poissons sortis de l'aquarium branchies grandes ouvertes... Et on n'est même plus choqué, on a déjà donné depuis la scène de la lapidation au skate de « Kids ». Cette fois-ci, un élément varie et l'on contemple stupéfait ce changement de décors. Le coeur de l'action se déroule au sein même de l'entité familiale délaissant pour un temps les sauts carpés, les chutes en skate et autres parties de fumette pré pubère. Là pour nous donner le change on nous propose inceste, violence, alcoolisme.

Dans le monde de Ken Park, il y a des méchants et peu de gentils. Les parents, les adultes sont tous des ogres incestueux en quête d'innocence qui entraînent, comme on décapsule une bière, leurs rejetons dans la grande dynamique de l'échec. Dynamique dans laquelle ils vautrent panses énormes et pieds puants en se glorifiant de ne pas avoir engendrer des êtres capables de dépasser le niveau de leur insuffisance. Ils broient la pureté, s'en couvrent, s'en repaissent avec exubérance, se laissant parfois aller à une once de culpabilité. A en croire Larry Clak, la jeunesse américaine fume, baise et fait du skate pour oublier les coups, les visites nocturnes et l'haleine chargée d'houblon de leurs géniteurs. La caméra voyeuriste est posée avec lourdeur dans les bouges suintants la transpiration et l'on assiste incrédule à la succession d'abus moraux ou sexuels. Tous les traumas d'une génération sont déversés à l'écran avec la finesse d'un porno.

Le propos que Clak tend à dénoncer n'est pas crédible et s'en trouve inévitablement ébranlé par cet effet de voyeurisme outrancier. On sait depuis longtemps que le gros plan a moins d'impact que le hors champs suggéré. On pense par opposition à l'insoutenable Funny Games de Haneke. Par cet effet de sape, le film s'étiole très vite. Il termine sur une étonnante note d'optimisme. Trois jeunes ados en train de faire l'amour dans la bonne humeur et l'harmonie la plus totale. Contraste saisissant entre cette scène et l'horreur dénoncée tout au long du film. Comme si la distance, le refoulement et la sublimation s'étaient chargés en un tour de main de transformer cette salissure en un délicat élan amoureux...

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