
Après la mort de son mari, Catherine Wienstein, visiblement peu adaptée à la solitude, revient vivre chez sa fille Charlotte. A priori, cette dernière ne voit pas d’un bon œil cette intrusion dans sa vie privée. De fait, cette célibataire endurcie a besoin de toute sa concentration pour écrire un roman de commande érotique. Et c’est peu dire que d’affirmer qu’elle n’y connaît rien au désir et à l’érotisme. De plus, sa mère transporte avec elle bien plus qu’un ballot de souvenirs. Devenant rapidement trop étroit pour les deux femmes, l’appartement chaotique se transforme en sujet de discorde. Charlotte se met alors en tête de déménager et de vendre.
Dans ce film, on pourrait dire que rien ne se perd et tout se transforme. Il y a d'abord les dialogues qui muent et se travestissent dans le phrasé des acteurs. Mais aussi, le symbolisme omniprésent qui, à l'instar de la fumée et du frigo vide (double référence au trauma de l'holocauste), étouffe quelque peu le propos. Pourtant l'idée de départ est originale. En fond de burlesque et de comédie dramatique, Ackerman a choisi de dépeindre une conscience juive de la troisième génération de la Shoah. Une génération née sans repères, sans passé, sans inscription dans le monde et qui se cherche un référent. Certes, les dialogues (souvent teintés d'humour) sont très bien écrits, subtils et percutants. Ils sont parfois même jubilatoires pour l'oreille. Mais sont-ils réellement efficaces au cinéma quand ils sont assénés avec une fréquence aussi soutenue? Leur passage à l'écran ne se fait pas sans mal. Ackerman en a certainement eu conscience car elle a pris soin de nous les répéter deux ou trois fois chacun (histoire sans doute de s'assurer que le franc soit tombé). Malheureusement la récurrence du procédé de narration et son exploitation névrotique le rend vite stérile et indigeste.
Dès lors, le résultat ne se fait pas attendre. On perd rapidement le fil de cette oeuvre décalée où les niveaux de lectures se multiplient. On se dit que cette histoire extravagante, sans queue ni tête, aurait trouvé dans le théâtre ou le roman des formes plus adaptées. La faiblesse des décors, de la photo, de la lumière, le jeu lénifiant des acteurs nous conforte dans cette idée. Il ne s'agit ici nullement d'un objet cinématographique. Tout au plus d'un ovni théâtreux, difficilement accessible qui agit comme un narcotique. Ce film expérimental qui propose un travail intéressant sur la Shoah aurait gagné à être écourté. Histoire que la drôlerie initiale et inhérente à la qualité de l'écriture ne se transforme pas en une litanie agaçante.

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