
C’est à la croisée des chemins, sur une rame de métro, dans les profondeurs de Copenhague, qu’Alex rencontre Aimée. Emporté par ce qu’il imagine être un coup de foudre, Alex quitte alors Simone, sa compagne, pour suivre la belle inconnue. Une nuit d’amour plus tard, l’homme se retrouve plongé dans un angoissant cauchemar. Plus aucun de ses proches ne semble le reconnaître. Même son appartement a disparu, transformé en un minuscule grenier. "Tout est un film, tout est une construction" scande le narrateur. Dans une course effrénée et schizophrénique pour la reconquête de la vérité, Alex va se trouver confronté à une série de choix irréversibles.
RECONSTRUCTION est l’histoire d’une illusion prégnante, du fantasme universel d’un homme qui cherche à réinventer la passion, la première nuit, sa magie et sa délicate incertitude. Quand Alex rencontre Aimée, il y a fort à parier que le hasard n’y est pour rien. Tout d’abord, Aimée est la copie conforme de Simone (l’actrice joue d’ailleurs les deux rôles). La question se pose alors de savoir si Alex invente de toute pièce cette femme dont il va tomber amoureux ou si il cherche à évincer la culpabilité en perpétuant le souvenir de sa compagne au cœur même de son infidélité. Mais si l’histoire verse dans le fantastique, c’est avant tout pour illustrer la métaphore de l’homme amoureux, un être en rupture avec son monde, son passé et transcendé par la passion. Alex veut à nouveau ressentir, réaliser une nouvelle fois la fusion du binôme platonicien. Il décide alors de tomber amoureux, il choisit Aimée, double exalté de Simone. Alex reconstruit la passion, redécouvre l’amour à travers le prisme d’un songe. C’est au réveil que la cruauté de l’illusion le terrasse et que tous ses repères chimériques s’évaporent en une volute fragile. Au réveil, il scrute le visage de cette femme, sa femme ou une autre, il la prend en photo comme pour se persuader qu’elle n’est pas irréelle. Il s’autorise, au nom d’une impression, ce qu’il a toujours pris soin d’éviter: l’instabilité.
Car Reconstruction est aussi un récit sur l’engagement. Quand il retrouve Aimée, Alex va devoir renoncer à Simone. Et bien que Simone ne le reconnaisse plus, cette séparation ne va pas se faire sans mal. L’homme se complait souvent dans la monotonie, la routine apaisante et docile. Faire le choix de la passion, c’est prendre le risque de l’éphémère, de la dangereuse incertitude, du vertige. Alex est un homme endormi qui n’arrive pas à dire spontanément "je t’aime". Alors il va se réveiller et va jeter son dévolu sur une image sublimée de sa compagne. Aimée va alors lui demander de s’engager dans un jeu pervers et ludique où les positions des protagonistes ne seront jamais définies. A chacune de leurs rencontres, les deux amants vont devoir rejouer la première rencontre. Au restaurant ou dans un bar, la séduction va être mise à l’épreuve, les sentiments vont être minutieusement improvisés dans une structure narrative éclatée. Bloqué, paralysé dans l’interstice qui sépare l’amour de son image magnifiée par le fantasme, Alex va faire le choix difficile de redécouvrir l’Autre dans un quotidien continuellement recomposé. Comme si par l’adaptation constante de leurs positions, les amants pouvaient se prémunir contre la pernicieuse et lente indifférence qui mène si souvent à la destruction du couple.
Premier long métrage du jeune réalisateur danois, Christoffer Boe, RECONSTRUCTION, qui a par ailleurs obtenu la Caméra d’Or à Cannes, est un film admirable sur les formes bigarrées que l’amour peut prendre dans le cœur d’un homme. Emportée par la caméra aérienne du réalisateur, la mise en scène éclatante ballade le spectateur de l’origine d’un sentiment à sa fugace disparition. Et de nous murmurer que dans la vie, il en va comme du cinéma. Tout est inventé, construit et reconstruit pour donner l’illusion d’une inaccessible vérité.

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