dimanche 15 novembre 2009

Requiem for a dream ****


Lire Hubert Selby Jr n’est pas une mince affaire. Il vaut mieux être dans une bonne période, se targuer d’avoir un bon sommeil, terminer son analyse, ne pas imaginer qu’il existe une corrélation entre la couleur du ciel et son humeur. Le danger, surtout, c’est d’imaginer, ne serait-ce qu’un instant, que les personnages dépeints par l’auteur pourraient être nos doubles traumatiques. Car et c’est cela sa force, il y a dans son écriture, comme chez Lautréamont, quelque chose de familier et d’insoutenable qui nous condamne bien souvent à fuir, horrifié par la vision grossissante de nos déviances.

Quand Aronofsky se met en tête d’adapter Selby, il est conscient qu’il devra le faire sans complaisance et sans retenue aucune. La crédibilité de son œuvre en dépendra, il lui faut être capable de plonger dans le tréfonds de l’addiction humaine avec conviction. A la vue de ce chef d’œuvre, on peut reconnaître qu’il n’a pas été fébrile un seul instant. Requiem for a dream est un film sans égal. Une entité puissante et dérangeante qui glisse son bras scarifié et ensanglanté dans nos petits estomacs chloroformés. Et ce sont de vraies crampes qui nous taraudent à la vision de ce déferlement d’images et d’effets visuels. Amoncellement gigantesque, abondance de techniques cinématographiques qui laissent le spectateur hagard et admiratif. Certains se lèvent, ne supportant l’adéquation parfaite qui existe entre le thème du film et sa forme exaltée. D’autres remuent sur leur siège en soufflant comme pour se dégager de l’emprise hypnotique de ces yeux géants qui se dilatent à intervalles réguliers. Certains baissent les paupières quand celles de l’écran se figent inexorablement.

Le principal exploit de ce film est que, pas un seul instant, la décharge visuelle ne viendra phagocyter l’histoire et la priver de sa décharge émotionnelle. Ce conte noir dresse le portait cinématographique le plus crédible, jusqu’à ce jour, des addictions. Les hommes y sont des ombres ventousées à des drogues qui se travestissent sous des formes multiples pour mieux les saisir. Chaque absorption est une nouvelle marche qui se fend sous les pieds des personnages et les enfonce un petit peu plus loin dans la dépendance. Et dans ce film, autre tour de force il n’y a pas une échelle de valeur sur laquelle ou pourrait se reposer et c’est sûrement cela qui dérange. La télévision, les anti-dépresseurs, la coke ou l’héroïne sont mises sur le même pied. Toutes les drogues sont dépeintes avec violence et aucune ne s’échangerait contre une autre. Aronofsky n’épargne personne car quand la volonté se tire à l’équateur, tous les corps béants sont égaux. On quitte ce déferlement d’images, en essuyant une larme qui traînait par là avec l’intime conviction que ça aurait pu nous arriver et on scrute le ciel, une note d’optimisme collé à la pupille. Dorénavant on sera plus vigilant…

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