
Comme dans son précédent film « Amores Perros », Inarritu décide de mêler le destin de trois personnages par le truchement d'un accident de voiture, parfaite métaphore du hasard lui-même. Profondément pessimiste, la pensée du réalisateur est claire : peu importe vos croyances ou vos errances, vous n’échapperez pas à votre destinée. Paul n’évitera pas la mort qui le suit comme une ombre, Cristina ne retrouvera jamais son mari et ses filles, Jack qui a voué sa vie à Dieu pour enrayer la dynamique de l’échec ne pourra vivre sa rédemption que comme une pénitence.
Inarritu choisit de nous emmener à la rencontre des personnages en utilisant un découpage narratif qui rompt avec la linéarité habituelle. Gigantesque mosaïque éclatée, le film tient grâce à la brillance de la mise en scène et du montage mais aussi par le jeu des acteurs qui réussissent à faire oublier par leurs prestations dialectiques la mise en scène qui aurait pu verser dans l’exercice de style. Car si la forme du film par sa brillance et sa fulgurance pourrait, de prime abord, voler la vedette à l’histoire elle-même dont beaucoup dénonceront la criante banalité, il n’en est finalement rien. Certes, l’éclatement de la mise en scène entraîne le spectateur dans un jeu de reconstruction mais bien vite et même depuis le début Inarritu nous prouve que ce n’est pas son but. Se penchant sur l’irréversibilité de la destinée, il pose un regard critique sur l’homme et sur son incapacité à changer les donnes de son existence. Car si tous les personnages du film échouent dans leurs tentatives respectives : vengeance, rédemption, pulsion de vie ; c’est peut-être et avant tout parce qu’ils n’ont jamais réussi à accepter leurs natures et leurs envies. En posant du vernis sur leurs errances, ils ont juste glissé des œillères sur leurs âmes.
Que dire de la prestation magistrale des trois acteurs, tout bonnement époustouflante. Naomi Watts déjà brillante dans « Mulholland Drive » est ahurissante en femme brisée. 21 grammes nous livre sans ambages une vision sombre et douloureuse sur la vie et sur le long tunnel qu’il faut parfois emprunter pour la mener à terme.

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