dimanche 15 novembre 2009

Printemps, été, automne, hiver et printemps ***


Un petit temple flotte sur un grand lac cerclé de montagnes luxuriantes. Deux moines y mènent une existence ascétique et méditative. Observé par le plus vieux, le jeune disciple découvre, en accord avec le rythme des saisons, les différentes étapes de sa vie. Chacune d’entre elles apportera son lot de découvertes tragiques ou spirituelles.

Kim Ki-Duk avait déjà placé l’intrigue de son précédent film, THE ISLE, sur une pièce d’eau. Dans cet original complexe hôtelier, où toutes les bungalows flottaient au gré du courant, des hommes venaient s’oublier quelques temps à travers des activités telles que la pêche ou le plaisir de la chair. Si cet avant-dernier opus virait résolument vers l’horreur et le gore, le dernier film du réalisateur coréen est d’une toute autre teneur.

SPRING, SUMMER, FALL, WINTER... and SPRING est une histoire intensément poétique où l’on suit l’éveil d’un jeune moine habitant un monastère perdu au milieu d’une nature bienveillante. Le premier printemps, le disciple est encore un enfant rieur et cruel. Il attache des pierres à des animaux et les regarde hilare se mouvoir avec difficulté. Pour lui faire comprendre que chaque acte entraîne des conséquences infinies, le vieux moine lui attachera une pierre au dos. L’été venu, le moine a grandi et il découvre l’amour auprès d’une jeune femme en convalescence chez eux. Tout simplement sublime que ce rapport qui naît sous nos yeux et cette parade nuptiale dans la barque tournoyant dans une vrille concentrique. Quand la jeune femme doit quitter le temple, c’est une décision sans appel que prendra le fougueux ermite. Arrive l’automne et le retour au bercail. L’irréparable a été commis et le suicide est une issue trop facile aux yeux du vieux maître. Il faut faire taire la colère et payer pour ce qui a été fait. L’hiver correspondra à l’apprentissage de la rédemption et de la maîtrise du corps. L’arrivée d’un nouvel enfant porté par une femme voilée et mystérieuse achèvera la boucle. Et le nouveau printemps prolongera le cycle des saisons en donnant un jeune disciple a cet homme assagi et serein.

Il n’y a pas de mots pour décrire la magie de ce film. Tout comme le film qui en compte peu, les mots semblent jetés comme des voiles d’ignorance sur les somptueux plans séquences du film. Métaphore de la vie elle-même, ce film est un chef d’œuvre visuel et poétique. Chacune des images est d’une beauté ensorcelante et la lenteur initiale du film est rapidement adoptée avec tendresse. Kim Ki-Duk tient à souligner le rapport entre les sentiments qui naissent au cours d’une existence et le déroulement des quatre saisons. Innocence, cruauté, désir, pulsion meurtrière, émancipation et impermanence* sont les manteaux dont on habille la structure narrative du film. Mais le réalisateur ne s’arrête pas là, il plonge aussi au cœur de la philosophie bouddhiste sans jamais verser dans le discours professoral. Il pose simplement les principes fondamentaux comme des épreuves nécessaires à l’accomplissement du jeune moine. Le film propose dès lors une déclinaison subtile d’une philosophie souvent simplifiée pour être rendue accessible. Telle la barque qui agit comme un passeur tout au long du film, cette histoire nous transportera aux confins de nos penchants et il réconciliera tous ceux qui se sont abîmés dans le samsara en leur offrant une voie royale vers le sublime visuel et métaphorique.

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