dimanche 15 novembre 2009

Mulholland Drive *****


Mulholland Drive n’est pas seulement un film sur le cinéma, il est le cinéma. Tout droit sorti de l’imaginaire onirique de Lynch, Mulholland Drive est une illusion dans laquelle nous nous projetons avec l’envie et la maladresse de nos premières fois. Et même si le film est à consommer comme dans une phase de sommeil paradoxal, groggy et juste bercé par les impressions, on ne peut s’empêcher de chercher une route à suivre et une suite logique. Et même si la dernière phrase du film « Silencio » nous intime l’ordre de nous taire, nous ne le pouvons car David Lynch a fait des nous des esclaves de la reconstruction narrative, des drogués du sens. Pour pouvoir nous rendormir, il nous faut démêler le ruban de Moebius.

A priori, le film nécessite plusieurs visions, plusieurs lectures ; ce qui conduit inévitablement à une foule de déclinaisons bigarrées et d’interprétations qui trouveront souvent leurs justifications. Mulholland Drive regroupe une foule de genres cinématographiques, qu’il mélange pour en extraire un milk-shake détonnant. La première partie du film qui voit les deux héroïnes se lancer à la poursuite de la mémoire de Rita a tout de l’intrigue policière. Ce qui se trame autour d’Adam Kesher, le réalisateur, est du même acabit. Démêlés Hollywoodiens où la vie des acteurs par projection narcissique se confond avec les rôles qu’ils cherchent à interpréter. Et tous, dans ce manège, ne sont que les pions d’un puzzle manipulé avec dextérité par le nain de Twin Peaks. C’est alors la découverte d’un corps à l’ancienne adresse de Rita, un corps en décomposition. Un jeu de transformisme homosexuel où l’autre n’est que l’image d’un soi déformé par le désir d’être au devant de la scène. Enfin deux spectatrices d’un club où rien n’est joué pour de vrai. Une boîte bleue qui inverse la donne, le genre, l’histoire et qui la démêle avec violence.

Est-il pourtant si facile de croire à la thèse du rêve ? C’est ce que semble pourtant nous indiquer le premier plan du film. Trop facile diront certains, éculé diront d’autres. Pourtant ça se tient. Betty est la version onirique de Diane, jeune actrice montée à Los Angeles à la mort de sa tante. Elle vit avec sa maîtresse dans un appartement qu’elle envahira plus tard avec Rita pour y découvrir son corps inanimé. Elle rompt avec cette femme dans une scène où cette dernière vient chercher ses dernières caisses laissées dans l’appartement. Rita n’est alors qu’une image idéalisée et améliorée de sa maîtresse. Tous les signes de la réalité, objets et personnages sont utilisés dans le rêve et détournés de leurs fonctions premières. La blonde qui obtient le rôle « This is the girl », représente peut-être une Diane accomplie en tant qu’actrice. La tentative de meurtre est peut-être la métaphore simple de la rupture amoureuse. La perte de la mémoire de Rita, l’idéalisation du pardon et du retour à l’état initial des choses.

Une scène est extraite de la structure labyrinthique du film. Celle où deux hommes sont dans un café et l’un des deux raconte son rêve. A la fin son rêve le tue. Le pouvoir des rêves et le danger de leurs interprétations dans ce qu’ils ont à révéler de nos inconscients dérangés, voilà peut-être le vari thème du film. Soit, il fallait essayer juste une fois de jeter un minuscule faisceau d’analyse artificielle sur une des œuvres les plus déroutantes de l’histoire du cinéma. Inépuisable…

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